" Non, la poésie est morte ! ", s'écrient critiques littéraires. Pour renforcer leur assertion, ils affirment que grâce à la science, les rêves des hommes deviennent réalisables, que la science réserve des songes vrais et que l'imagination s'essoufle à concevoir.
Ceux qui ont défini la poésie avant nous pensent plutôt qu'elle est toujours omniprésente. Au fait, si les hommes ne s'étonnent plus de rien, ils voudraient toutefois préserver les dimensions humaines de leurs joies, de leurs peines, de leur folie, de leur révolte, de leur liberté et de leur langage. La poésie demeure un refuge de tous les jours; pour ce fait, elle n'est jamais morte!
Il est de nombreuses personnes qui, à toutes les époques de l'histoire, trouvent à travers le langage poétique, leur outil pour faire sentir et voir la présence des choses.
Où en est la poésie négro-africaine? s'interrogent de nombreuses personnes qui accordent crédit à la poésie. Elle cherche sa voie, estiment certains; tant et si bien que les thèmes s'usent, sont dépassés. March Rombaut, chargé de chroniques à la Radio Télévision Belge (RTB) pense que le souffle des Anciens est à reprendre; on est au temps de l'épopée. Période d'attente. On cherche sa place dans la société revivifiée. Un besoin de renouvellement se fait sentir.
Vers où se tourner? les uns se tournent vers la tradition orale, le retour aux sources! Naté Ngu-Mongala n'est pas de ceux là. Il n'est pas très attiré par le courant d'une poésie traditionnelle révélée et renovée par les Birago Diop, les Hampate Ba... Il s'oriente plutôt vers une poésie plus lyrique, il emboite librement les pas à ceux qui savent exalter leurs sentiments personnels (les Lamartines, Hugo...); une poésie où l'expression est spontanée, poétique et d'un sentiment sincère, une poésie où finalement il se débat avec les éternels problèmes propres à tous les hommes et qui se posent d'une façon générale à chaque génération, éternels problèmes humains, quoi.
Si j'étais Le-Bon-Dieu
Je réediterais le déluge biblique
J'engloutirais toute la terre
Afin qu'aucun homme n'y vive.
C'est là une poésie d'un caractère mystérieux, laissant déviner un tourment certain de l'âme. Écrite sous une forme de monologue, cette poésie nous laisse une impression de troublante préoccupation. Le coeur tracassé par une longue requête et n'en pouvant rien, impuissant devant cette poussiérisation de l'humain, le poète cède provisoirement à la force destructive des malfaiteurs en ces termes: "Opérez donc en paix". Son permanent souci de voir le monde comme il se doit ne s'arrête pas là. Il se confie dans Indignation à Tout-Puissant.
Mais, détrompez-vous: Naté ne fait pas que s'indigner. Il décrit par endroits le tableau de son milieu de vie (Bukavu), vu dans ses plus beaux jours, dans le décor où se créent multiples images au coucher du soleil (Le soir d'événement). Ici, Naté, avec quelle suprême poésie! peint cependant qu'il donne l'âme aux choses. Ce qui plaît, par endroits encore, c'est la souplesse et le rythme dans ses poèmes:
Là-bas
Là-bas à l'horizon
Où l'horizon s'embrume
Enclavé des vapeurs funestes
Relents miasmatiques...
De belles strophes chantantes qui évoquent si bien les sentiments divers qui inspirent au poète une vision Horizontale.
Analyser toute l'oeuvre poétique de Naté exige de nous une assimilation et un jugement se révélant de longue période. Les poèmes de Naté prennent leur source dans Invocation qui demeure, à mon avis, havre du poète pour déverser tout ce qui s'est emmagasiné en lui: "le déversoir de mon trop-plein", affirme-t-il. Il serait souhaitable pour le lecteur, à son tour, de suivre le poète dans son port retiré pour partager avec lui sa joie et ses peines. Au fait, la joie ou les peines du poète ne sont-elles pas quelque peu nôtres? Pour mieux la pénétrer, pour mieux se voir à travers ce miroir du langage qu'est la poésie, il est conseillé de gouter à ces "Bananes Citronnées", cuisinées par notre popotier qu'est l'intarissable Naté Ngu-Mongala Vurutoro-te-Nzapa.
Cikuru Batumike
Journaliste
Membre de l'Adelf
(Association des Écrivains de Langue Française, Mer et Outre-Mer, Paris)